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La pêche sportive du saumon de l'Atlantique

La mouche brune danse sur les eaux scintillantes. Ai-je aperçu un reflet argenté, ou était-ce une illusion créée par l'anticipation?

Je relance ma ligne en suivant du regard le fil qui se déploie lentement sur la même surface étincelante. Une secousse, puis, plus rien. Je remonte ma ligne, et le guide remplace la mouche brune par une verte.

Je lance la ligne exactement à la même distance, en visant le même endroit. Une tête foncée émerge des eaux. J'observe. Le temps suspend son cours. Un seizième de seconde dure une éternité.

Le saumon gobe la mouche verte, et je remonte brusquement ma canne pour tendre la ligne et accrocher l'hameçon.

Le moulinet se met soudainement à grincer tandis que le saumon tire sur ma ligne. Mes bras se fatiguent à force de maintenir la canne à la verticale le long de mon corps.

La ligne se relâche, et je m'empresse de la remonter jusqu'à ce qu'elle se tende de nouveau. Silence. Même les oiseaux se sont tus.

Le moulinet recommence à tourner alors que le poisson s'enfuit vers les rapides en contrebas.

Le poisson s'élance dans les airs. Je donne du lest, puis je remonte ma ligne de nouveau. La valse se poursuit pendant 20 minutes.

Le temps file. Une fois le saumon pris dans le filet, le guide lui retire délicatement l'hameçon de la bouche, puis il remet à l'eau le valeureux guerrier. Il le tient par la queue et lui masse délicatement les flancs.

Dès que la queue commence à bouger, le guide lâche le saumon qui file comme un éclair argenté et disparaît aussitôt.

Honorables sénateurs, je prends la parole pour participer au débat sur l'interpellation du sénateur Maltais au sujet de la sauvegarde de la pêche sportive du saumon de l'Atlantique dans les zones maritimes dans l'Est du Canada, et l'importance de la protection du saumon de l'Atlantique pour les générations futures.

Le Canada est un pays riche en eau douce, c'est un fait. Sur une base annuelle moyenne, les rivières canadiennes déchargent près de 9 p. 100 de l'approvisionnement en eau renouvelable de la planète, alors que le Canada compte moins de 1 p. 100 de la population du monde.

Rappelons que le Canada compte plus de 1 000 rivières à saumon de l'Atlantique. Fait alarmant, toutefois, plusieurs remontées de saumon sont actuellement menacées ou en péril. Le rapport publié récemment par la Fédération du saumon atlantique, un organisme à but non lucratif de premier plan dédié à la conservation du saumon sauvage, offre un constat troublant. Ce rapport contient des données recueillies par le comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Il révèle que de nombreuses remontées de saumon atlantique sont menacées, en péril ou préoccupantes.

D'après le point de vue expert de la Fédération du saumon atlantique, cette situation découle en partie de la surpêche pratiquée dans les rivières du Canada et les eaux internationales, de même qu'au Groenland et à Saint-Pierre et Miquelon; elle est aussi attribuable à la destruction de l'habitat, à la salmoniculture dans des parcs en filet et aux changements climatiques.

Cet organisme croit que si tous les problèmes ne peuvent être résolus facilement, certaines mesures découlant du gros bon sens peuvent être adoptées immédiatement.

Les stratégies proposées contribueraient grandement non seulement à freiner le déclin du saumon atlantique, mais aussi à ramener les stocks à un niveau stable et viable. Elles profiteraient aussi aux économies et aux localités rurales de l'Est canadien, qui comptent sur ce secteur.

Il s'agit de solutions logiques, que j'énumérerai ici. Premièrement, le ministère des Pêches et des Océans doit s'assurer qu'on dispose des ressources nécessaires pour mettre en œuvre les dispositions de la Loi sur la pêche modifiée, et pour protéger les aires de frai et d'alevinage du saumon, un habitat important.

Lors de la dernière modification de la loi, en 2012, les changements visaient à protéger la productivité de la pêche récréative, commerciale et autochtone. On souhaitait contrer les menaces importantes qui pesaient sur les pêches et l'habitat.

Deuxièmement, Pêches et Océans Canada doit gérer les menaces afin d'assurer la durabilité et la productivité continue de la pêche commerciale, récréative et autochtone. Le ministère doit également travailler en partenariat avec d'autres acteurs du domaine de la protection des pêches, de façon à optimiser la protection des stocks de saumon et leur rétablissement.

Troisièmement, la Fédération du saumon atlantique soutient que le respect des lois en matière de pêche et de remise à l'eau du saumon est essentiel à la saine population de l'espèce.

Chers collègues, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador ont tous des lois exigeant la remise à l'eau des gros saumons; seul le Québec autorise toujours le pêcheur à les conserver.

Les madeleineaux sont des saumons qui n'ont passé qu'un seul hiver en mer avant de retourner à la rivière. Les experts de la Fédération du saumon atlantique soutiennent que c'est la protection de cette portion du stock qui favorisera la croissance des populations de saumon. À l'heure actuelle, au Nouveau- Brunswick et en Nouvelle-Écosse, les pêcheurs sont autorisés à conserver un madeleineau par jour et un maximum de quatre par saison, tandis qu'à Terre-Neuve-et-Labrador, le maximum peut aller jusqu'à six, selon la rivière. En fait, le Conseil du Saumon du Nouveau-Brunswick invite les pêcheurs sportifs de remettre à l'eau toutes les prises de madeleineaux pour tenter de maintenir les stocks de la province à un niveau sain.

La Fédération du saumon atlantique est soutient également que, au Labrador, le Canada doit collaborer avec les Premières Nations pour satisfaire leurs besoins de subsistance au moyen d'une récolte sélective qui permettrait une remise à l'eau méticuleuse des gros géniteurs, lesquels sont si précieux. Plusieurs autres Premières Nations des régions maritimes plus au sud ne peuvent pêcher le saumon atlantique à des fins alimentaires, sociales et cérémonielles parce que les remontées de saumon adjacentes à leur collectivité sont en péril.

Une évaluation élargie s'impose pour que l'on puisse avoir une véritable idée de l'état des populations de saumon au Labrador, où on le trouve dans plus d'une centaine de rivières. Une évaluation élargie permettrait une meilleure gestion et une meilleure conservation des stocks.

Au chapitre de la surpêche à l'étranger, examinons la situation des pêches du Groenland et de Saint-Pierre et Miquelon, respectivement. Le Groenland doit lui aussi améliorer la gestion, la réglementation, la surveillance et le signalement de la pêche au saumon dans ses eaux. En 2013, le Groenland a récolté 47 tonnes de saumons, dont 82 p. 100 étaient d'origine canadienne. La Fédération du saumon atlantique estime qu'il faut limiter la récolte du Groenland à une pêche de subsistance, ce qui, traditionnellement, représente une récolte d'environ 20 tonnes.

Pour ce qui est de Saint-Pierre et Miquelon, l'Organisation pour la conservation du saumon de l'Atlantique Nord — dont le Canada fait partie — doit déployer des efforts plus importants pour amener la France à négocier et à discuter de façons de s'attaquer au problème de la pêche d'interception, qui prend de l'ampleur. L'année dernière, le poids total des prises capturées à Saint-Pierre et Miquelon était de 5,3 tonnes : il s'agit de la saison de pêche la plus fructueuse des 44 dernières années pour cette région. La presque totalité de cette pêche était composée de saumons canadiens, puisqu'il n'y a pas de rivières à saumons sur le territoire de Saint- Pierre et Miquelon.

Alors que mon expérience et celle du sénateur Maltais dans le domaine de la pêche au saumon sont de nature récréative, il est pertinent et approprié que cette question soit débattue en cette Chambre. La réalité est que l'industrie lucrative de la pêche récréative, ainsi que les milliers de bons emplois que cette activité entraîne dans le Canada atlantique et le Québec rural, sont en danger.

Une chose est sûre : si nous ne prenons pas les mesures nécessaires pour que les habitats soient sains et durables, il n'y aura plus de poissons. Nous devons accepter cela et, ensemble, nous devons agir. Il faut faire le nécessaire pour que les routes migratoires des saumons sauvages soient en bon état.

Avec la collaboration des organisations de conservation pertinentes, nous devons nous assurer de faire connaître les modifications apportées à la Loi sur les pêches ainsi que les répercussions qu'elles pourraient avoir tant aux membres de l'industrie qu'aux Premières Nations et à tous ceux qui pratiquent la surpêche dans le monde.

Honorables collègues, rappelons-nous les paroles de l'acteur Hume Cronyn, qui a dit, en parlant de vacances qu'il a passées à La Roche, au Québec : « Ce n'est pas la pêche elle-même qui demeure dans votre esprit, c'est plutôt la qualité de l'environnement : les odeurs, les sons, les sensations. Ainsi, vous ne pouvez qu'être immédiatement ramené en arrière lorsque — des années plus tard —, vous sentez une odeur d'aiguilles de pin humides ou entendez le joyeux gazouillis de l'eau qui ruisselle sur les pierres. »

Ce que je vous ai brossé aujourd'hui, c'est le portrait d'une expérience qui représente merveilleusement bien le Canada, une aventure exaltante vécue dans un cadre idyllique et au cours de laquelle nature et nature humaine se confondent admirablement.

Plus encore, le saumon de l'Atlantique est un symbole culturel en plus d'être un important indicateur de la santé de l'environnement au Québec et au Canada atlantique.

En adoptant le régime de prises remises à l'eau recommandé, nous pourrons assurer la pérennité et la solidité de l'industrie de la pêche au saumon de l'Atlantique.