Ce site est conçu pour les fureteurs compatibles avec les normes web. Il demeure tout de même fonctionnel avec les autres fureteurs.

Accéder au contenu

Motion tendant à reconnaître le mois de mai à titre de Mois national de la vision

 

L'honorable Nicole Eaton : Honorables sénateurs, je parlerai aujourd'hui de la motion de la sénatrice Seth, qui porte sur les taux croissants de cécité et de perte de vision au Canada.

Chers collègues, rares sont ceux qui naissent aveugles; or, toutes les 12 minutes, un Canadien commence à perdre la vue.

En 2009, l'Institut national canadien pour les aveugles et la Société canadienne d'ophtalmologie ont publié une étude innovatrice intitulée Le coût de la perte de vision.

Selon leurs conclusions, le coût annuel de la perte de vision pour l'économie canadienne a été estimé à 15 milliards de dollars, soit presque 2 p. 100 du PIB. Ce montant devrait augmenter à 30 milliards de dollars d'ici 2032.

Ces coûts sont un énorme fardeau au pays, et ils dépassent largement ceux liés à la plupart des autres maladies. Une comparaison des résultats de cette étude avec les données de l'Agence de la santé publique du Canada révèle que, au Canada, une grande partie du fardeau économique lié aux maladies, soit environ 8 p. 100, est attribuable à la perte de vision.

Quelle sont donc les causes de ce taux élevé de maladie? La dégénérescence maculaire liée à l'âge est la principale cause de la perte de vision au pays. Parmi les autres causes principales, notons la rétinopathie diabétique, le glaucome, les cataractes et l'erreur de réfraction. La hausse du taux d'obésité et de diabète s'ajoute également aux principaux facteurs de risques.

On prévoit que le nombre de personnes atteintes d'une perte de vision augmentera de façon considérable. Un Canadien sur neuf sera touché par la perte de vision avant l'âge de 65 ans, soit autant que le nombre de femmes atteintes du cancer du sein. Chez les gens de 75 ans, ce taux grimpe à une personne sur quatre.

Les experts conviennent que nous approchons d'une crise dans les soins de la vue, compte tenu du vieillissement de la population.

Il faut donc faire de la sensibilisation à propos des effets néfastes de cette maladie sur le bien-être des Canadiens. C'est essentiel, puisque dans la perte de vision peut être évitée dans 75 p. 100 des cas.

Les coûts des soins grimpent alors que la recherche en soins de la vue et la prévention des maladies de l'œil sont sous-financées.

La National Coalition for Vision Health, qui regroupe des associations partageant un intérêt pour les soins de la vue et la recherche sur la vision, fait valoir qu'il n'existe aucun organisme fédéral canadien qui finance exclusivement la recherche sur la vision.

Sur le plan personnel, ceux qui vivent avec une perte de vision sont trois à cinq fois plus susceptibles d'avoir de la difficulté à réaliser leurs tâches quotidiennes, présentent un risque trois fois plus élevé de dépression clinique; sont deux fois plus susceptibles de dépendre de l'aide sociale, risquent davantage de faire des erreurs lorsqu'ils prennent des médicaments, sont deux fois plus susceptibles de faire une chute ou de mourir prématurément, sont quatre fois plus susceptibles de subir une grave fracture de la hanche, et sont admis à un centre de soins infirmiers trois ans plus tôt en moyenne que chez le reste de la population. La moitié des adultes vivant avec une perte de vision touchera un revenu annuel brut de 20 000 $ ou moins, quelle que soit leur situation matrimoniale ou familiale.

Mais voyons maintenant quelques-unes des récentes innovations qui suscitent davantage l'espoir de surmonter la perte de vision.

Je songe par exemple aux signaux sonores pour piétons installés à plusieurs intersections, aux messages enregistrés utilisés dans plusieurs autobus pour annoncer le prochain arrêt, et aux stations de télévision qui offrent l'audiodescription.

Et il y a des exemples de personnes qui souffrent de perte de vision qui ouvrent la voie avec des outils pour aider leurs pairs à améliorer leur sort.

J'aimerais tout d'abord souligner l'esprit d'entrepreneuriat d'une jeune femme de Toronto déterminée à aider les gens qui, comme elle, sont atteints de troubles de la vue, un problème de plus en plus fréquent. Sherene Ng, qui a 23 ans, étudie le design accessible à l'Université Ryerson. Elle est atteinte de rétinite pigmentaire, une maladie héréditaire et dégénérative de l'œil qui mène à la cécité. Sherene doit déjà vivre avec les symptômes de cette maladie, ce qui l'a motivée à fonder une entreprise qui se consacre à la mise au point de chaussures dotées de capteurs qui détecteront les obstacles placés devant un marcheur. Ces chaussures ne remplaceront pas les chiens-guides, les cannes blanches ou d'autres outils traditionnels, mais elles fourniront une aide supplémentaire aux personnes malvoyantes qui se déplacent en terrain connu.

L'Université Ryerson compte un autre visionnaire aveugle, Kevin Shaw. M. Shaw a créé le prototype d'un service semblable à Netflix à l'intention des aveugles, qui facilite l'activation de l'audiodescription.

Par ailleurs, l'hôpital St. Michael de Toronto mène actuellement des recherches de pointe sur la perte de la vue. La Dre Neeru Gupta, ophthalmologiste à cet hôpital, est aussi chef de l'unité du glaucome à l'Université de Toronto. Le glaucome devient de plus en plus fréquent en raison du vieillissement de la population. D'après les estimations, 80 millions de personnes en étaient atteintes en 2012 dans le monde entier. Près de la moitié des cas ne sont pas dépistés.

Les recherches de la Dre Gupta lui ont permis de déterminer que le glaucome n'est pas une maladie oculaire mais bien une maladie neurodégénérative, qui touche les principales aires visuelles du cerveau.

Sa dernière étude a révélé que les mouvements oculaires rapides sont considérablement ralentis chez les patients atteints de glaucome, même ceux qui en sont aux premiers stades de la maladie.

Les mouvements oculaires rapides sont les mouvements rapides simultanés des yeux dans la même direction.

Ils sont impliqués dans une multitude d'activités de tous les jours, de la lecture à la compréhension de l'environnement immédiat, qu'il s'agisse d'une station de transport occupée, des étagères d'une épicerie ou de la circulation venant en sens inverse.

L'étude révèle que, chez les personnes atteinte de glaucome, l'œil a un temps de réaction plus lent d'environ 15 p. 100, même aux premiers stades de la maladie. Maintenant qu'on connaît l'existence de cette réaction retardée chez les personnes qui ont un glaucome, il sera possible d'en étudier les effets sur les activités de la vie quotidienne que la plupart d'entre nous tenons pour acquises, telles que monter et descendre un escalier, conduire un véhicule, naviguer et lire. Les conclusions de l'étude semblent indiquer que de nouvelles façons de mesurer la perte de vision, outre les tests de vision au moyen d'une grille ou les tests de champ visuel, associées à des contextes du monde réel pourraient fournir d'importants indices pour savoir de quelle est l'incidence de la maladie sur la vie des personnes qui en sont atteintes.

L'innovation ne s'arrête pas là. Les travaux de recherche de la Dre Gupta et de son équipe continuent d'être visionnaires. Pendant plus d'un demi-siècle, on croyait que l'œil ne comptait pas de vaisseaux lymphatiques, qui jouent un rôle primordial dans le drainage des toxines du corps. Ce n'est que récemment que l'on a déterminé qu'il existe effectivement une circulation lymphatique à l'intérieur de l'œil qui aide à drainer le liquide qui s'y accumule. Il s'agit d'une importante découverte, puisque tous les traitements du glaucome ciblent les voies de drainage afin de réduire la pression intraoculaire.

Ainsi, on peut concevoir de nouveaux traitements ciblant les vaisseaux lymphatiques pour stimuler l'évacuation du liquide hors de l'œil. Cela servira non seulement au traitement des personnes atteintes de glaucome, mais possiblement aussi au traitement de problèmes immunitaires, à la modération de la progression du cancer et au traitement de plusieurs autres maladies oculaires.

Cette découverte a d'énormes implications pour ce qui est de comprendre comment fonctionne cette circulation, qu'est-ce qui pourrait la stimuler et comment ces connaissances pourraient s'appliquer dans le traitement des maladies. Elle est d'une pertinence directe pour les patients atteints d'une maladie qui risque de les rendre aveugles et donne de l'espoir pour la prévention de la perte de vision. L'approfondissement de nos connaissances à la lumière de ces nouvelles découvertes créera des possibilités pour la conception de nouveaux produits pharmaceutiques et stimulera l'innovation dans l'industrie pharmaceutique.

Nous devons investir dans la vision. Nous devons créer un mouvement moderne et audacieux autour de la santé de la vision qui promette de mettre fin à la cécité évitable au Canada.

Nous devons intégrer les soins de la vue à un système de santé national fort qui gère les soins de santé primaires et secondaires et traite la cécité évitable. Nous devons réduire le délai entre la découverte et le traitement des patients.

Nous devons créer un environnement qui soit propice à stimuler d'uniques collaborations interdisciplinaires afin de s'attaquer à la perte de vision.

Nous devons favoriser la collaboration des médecins, des chirurgiens et des chercheurs médicaux avec les biotechniciens, les ingénieurs et la communauté informatique pour développer un œil bionique et accroître l'innovation technologique.

La Dre Gupta nous a fait part des nombreuses possibilités qui s'offrent à nous, puisqu'aucune autre institution au monde ne réunit sous un même toit une multitude de concepts et de disciplines dans le but de surmonter la perte de vision évitable.

Honorables sénateurs, il n'y a aucune raison pour laquelle la relance économique ne devrait pas inclure des mesures sur les soins de la vision.

Nous pouvons y arriver en améliorant la productivité grâce à la réintégration de travailleurs réhabilités au marché du travail, en allégeant le fardeau fiscal associé au financement des coûts liés à la santé grâce à l'amélioration des perspectives d'emploi des personnes traitées pour la perte de la vision et en réalisant des économies directes dans le système de santé au fil de la diminution des affections.

En terminant, chers collègues, le coût de l'élimination de la cécité évitable est beaucoup moins élevé que ce qu'elle coûte actuellement à la société.