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La Loi sur les musées

Troisième lecture—Ajournement du débat

L'honorable Nicole Eaton propose que le projet de loi C-7, Loi modifiant la Loi sur les musées afin de constituer le Musée canadien de l'histoire et apportant des modifications corrélatives à d'autres lois, soit lu pour la troisième fois.

— Honorables sénateurs, je souhaite aujourd'hui parler encore une fois du projet de loi C-7, qui modifierait la Loi sur les musées afin de constituer le Musée canadien de l'histoire. Je tiens d'abord à transmettre mes remerciements et ma gratitude à mes collègues du Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences et de la technologie.

Je tiens aussi à souligner la contribution extraordinaire au débat de mon collègue, le sénateur Joyal. Son intervention, aussi éloquente que pertinente, a contribué à alimenter le débat et la discussion au comité. Le sénateur Joyal nous a rappelé que, en étudiant l'histoire, on peut mieux comprendre les réalités cachées du présent et mieux comprendre la société dans laquelle on vit.

Aider les gens à connaître le Canada, à comprendre la richesse de notre passé et à voir en quoi il a contribué à faire de nous ce que nous sommes aujourd'hui, voilà ce qui rend le gouvernement si fier de créer le nouveau Musée canadien de l'histoire. La principale modification à la Loi sur les musées définit la mission du futur musée. Voici ce que dit le texte du projet de loi :

Le Musée canadien de l'histoire a pour mission d'accroître la connaissance, la compréhension et le degré d'appréciation des Canadiens à l'égard d'événements, d'expériences, de personnes et d'objets qui incarnent l'histoire et l'identité canadiennes, qu'ils ont façonnées, ainsi que de les sensibiliser à l'histoire du monde et aux autres cultures.

À en croire certaines statistiques désastreuses, la connaissance qu'ont les Canadiens de l'histoire gagnerait effectivement à être améliorée.

Selon ce que nous disait le directeur général de l'Association des musées canadiens, John McAvity, les musées sont perçus comme des établissements respectés qui véhiculent des connaissances éprouvées et représentent adéquatement la réalité. Selon un sondage d'opinion, 92 p. 100 des Canadiens jugent important que les enfants fréquentent les musées, tandis que 96 p. 100 croient que les musées contribuent à la qualité de vie des Canadiens.

Toutefois, les chiffres ne projettent pas tous une image aussi positive. Parmi les étudiants qui ont étudié l'histoire du Canada avant d'obtenir leur diplôme, plus de 80 p. 100 ont échoué le test de connaissances de l'histoire du Canada de l'Institut du Dominion. Malgré tout, 78 p. 100 des Canadiens estiment que le fait de mieux connaître notre histoire serait un facteur d'attachement à notre pays. C'est un aspect important dans une société qui compte un grand nombre d'immigrants.

Ces données confirment la nécessité et l'utilité d'un musée canadien de l'histoire de classe mondiale. Des témoins ont fait part au comité de la nécessité de mieux comprendre notre histoire. Dans la pratique, cela signifie qu'il faut rafraîchir et actualiser le contenu et les expositions du musée. La triste réalité c'est que le musée n'a pas fait l'objet de rénovations majeures ou de changements importants au cours des 24 dernières années. J'ai été liée au Musée royal de l'Ontario durant 20 ans. Je sais pertinemment que les musées doivent se renouveler. Après un quart de siècle, les galeries et les expositions deviennent un peu désuètes. Qui plus est, si vous ne modernisez pas un musée, vous ne présentez pas l'histoire récente. Dans ce cas-ci, il manquerait près de 50 ans de l'histoire du Canada au musée. Ce vide a pour effet de nous figer dans le temps et nous empêche de mettre en relief toutes les contributions que nous avons faites au monde durant cette période, des réalisations d'ordre politique, culturel et sportif.

Le comité a été informé par Mark O'Neill, président et directeur général du musée actuel, des plans visant à corriger ces lacunes. La moitié de l'espace permanent servira à créer l'exposition la plus grande et la plus complète jamais présentée sur l'histoire du Canada. Une nouvelle salle permanente de 50 000 pieds carrés abritera les trésors nationaux du Canada ainsi que des expositions exclusives qui préserveront, dans l'ordre chronologique, les souvenirs et les expériences du peuple canadien.

L'expérience mise au service de cette importante initiative est considérable, avec : 25 employés du musée, dont la moitié sont des conservateurs, y compris des archéologues et des anthropologues. Ces gens travaillent avec six comités consultatifs, notamment un comité sur l'histoire des femmes et un comité sur l'histoire des Autochtones qui inclut des aînés autochtones, ainsi qu'avec un grand nombre de membres de la Société historique du Canada. Tous ces changements sont apportés grâce à un investissement ponctuel de 25 millions de dollars du gouvernement fédéral.

Honorables sénateurs, il importe aussi de savoir ce qui ne va pas changer avec la création du nouveau Musée canadien de l'histoire. Durant cette transformation, le musée va poursuivre son activité d'une façon tout à fait normale. Sa structure de gouvernance restera la même et il n'y aura pas d'interruption dans la capacité du musée de fonctionner. Il n'y aura pas non plus d'impact sur le statut des employés, des dirigeants ou du conseil d'administration.

Le pouvoir du nouveau musée de collectionner des objets et d'autre matériel restera inchangé, tout comme la responsabilité de gérer les collections. Le partage des connaissances va aussi continuer d'être une activité clé de l'institution. Le nouveau musée va collaborer encore plus étroitement avec les musées de toutes les régions du Canada afin que le plus grand nombre possible de Canadiens puissent voir les collections nationales.

Le musée ne va pas banaliser l'importance de l'histoire des Autochtones au Canada. En fait, pour la première fois en 20 ans, l'histoire autochtone va occuper une place prépondérante dans l'exposition sur l'histoire canadienne. Les consultations amorcées par le musée le jour même où l'annonce du nouveau musée a été faite ont fait ressortir l'importance qu'accordent les Canadiens aux peuples autochtones dans l'histoire de notre pays.

C'est pour cette raison que l'histoire autochtone est l'une des trois priorités stratégiques dans le plan de recherche récemment annoncé par le Musée canadien des civilisations. Le plan, qui guidera les activités de recherche du musée au cours de la prochaine décennie, reconnaît le rôle important des Premières Nations par le passé, le présent et l'avenir du Canada. En vertu du plan, nous allons aussi élargir et approfondir les recherches dans ce domaine.

Plus précisément, le plan englobe la multiplicité des récits et des réalisations des Autochtones et la nature des expériences et des rencontres vécues, en mettant un accent particulier sur les régions arctique et subarctique du Canada. L'angle autochtone sera exploré dans un contexte de travail multi et interdisciplinaire et d'engagement communautaire. Des consultations auront lieu sous une forme adéquate en gardant constamment à l'esprit l'importance et le caractère délicat des efforts du musée aux yeux des Autochtones.

Cet effort résolu à accroître l'accent mis sur le rôle central des peuples autochtones dans notre histoire vient combler une autre lacune monumentale. À l'heure actuelle, la salle du Canada commence le récit de l'histoire de notre nation non pas par la présence des peuples autochtones depuis des temps immémoriaux, mais par l'arrivée des Européens au XIe siècle. Il est grand temps de corriger cette flagrante omission, et nous nous réjouissons de constater ce qui est prévu à ce chapitre.

Tout cela m'amène à l'un des principaux points abordés par mon collègue, le sénateur Joyal, dans son intervention au sujet du présent projet de loi : l'histoire doit constamment être réinterprétée. Dans l'esprit de cette assertion, je dirai, en me fiant une fois de plus à mon expérience en muséologie, que nous devrions probablement envisager de renouveler les galeries tous les 10 à 12 ans si nous voulons nous assurer que notre histoire nationale demeure pertinente, actuelle et adaptée à la nature en constante évolution de la société canadienne.

Pourtant, malgré les efforts en vue d'assurer un contexte canadien vraiment objectif, certains continuent de croire que le changement de nom et de mandat du musée est motivé par des raisons politiques. Ce n'est pas le cas. Les spécialistes du domaine de la muséologie et de l'histoire approuvent le changement. Les propos suivants de la muséologue Adriana Davies ont été cités :

À chaque génération, les dirigeants des musées s'efforcent de créer des collections, des expositions, des programmes publics et d'autres activités de rayonnement aussi accessibles que possible pour une nouvelle génération de visiteurs.

C'est exactement ce que parvient à faire notre musée national aujourd'hui, mais ce travail ne peut se réaliser sans discuter sérieusement de l'identité canadienne.

Certains détracteurs ne comprennent pas qu'il faille discuter sérieusement de ce que devrait être le « récit national » à l'heure actuelle. Il ne s'agit pas de faire du révisionnisme, mais de tâter le pouls de la nation pour voir ce qu'est le Canada aujourd'hui et quel chemin nous avons parcouru pour en arriver là où nous sommes.

Brian Lee Crowley, de l'Institut Macdonald-Laurier, critique, lui aussi, ceux qui s'opposent à ce changement. Il dit ceci :

Deux objections au changement de nom semblent se manifester plus que les autres. Premièrement, on prétend que les politiciens vont s'ingérer dans les décisions du musée lui- même. Mais en fait, toutes les barrières mettant le musée à l'abri des ingérences politiciennes demeurent solidement en place. L'une d'entre elles est l'indépendance du conseil d'administration, qui doit son existence à une loi fédérale, qui a le pouvoir décisionnel concernant les activités du musée et qui en est responsable. Le musée est également protégé par la vigilance des universitaires, du monde de la culture et des historiens, qui ont beaucoup manifesté leur enthousiasme à l'annonce du changement de nom.

Enfin, je suis d'avis que ce projet de loi vise à nous aider à mettre en valeur notre riche et fascinante histoire. Chers collègues, il est important de faire la distinction entre les civilisations et l'histoire. C'est par l'histoire que l'on raconte de manière linéaire et séquentielle comment ont évolué les civilisations. Ce nouveau musée de l'histoire présentera de manière exhaustive, dans le respect de la chronologie, l'histoire de la civilisation au Canada, à l'intention de tous les Canadiens et de l'ensemble de l'humanité, avec des moyens de classe mondiale.

Honorables collègues, je vous encourage de tout cœur à adopter le projet de loi C-7 et à permettre ainsi l'entrée en vigueur des changements qu'il prévoit, c'est-à-dire la création du Musée canadien de l'histoire.