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La Loi sur les musées

L'honorable Nicole Eaton propose que le projet de loi C-7, Loi modifiant la Loi sur les musées afin de constituer le Musée canadien de l'histoire et apportant des modifications corrélatives à d'autres lois, soit lu pour la deuxième fois.

— Honorables sénateurs, c'est un honneur pour moi de parler aujourd'hui du projet de loi C-7, qui créerait le plus récent musée national du pays, le Musée canadien de l'histoire.

Les musées sont à l'image de la société dans laquelle ils s'inscrivent, et je rappelle que, si notre société à nous est encore jeune, elle n'en est pas moins riche d'un vaste patrimoine historique. Trois ans à peine nous séparent du 150e anniversaire du Canada, qui constituera l'occasion de célébrer les gens, les lieux et les réalisations qui unissent et définissent le peuple canadien. Il s'agit d'une occasion pour mieux connaître ce qui distingue le Canada et en tirer fierté, une occasion d'explorer et de célébrer la longue et riche histoire canadienne.

Les Autochtones ont occupé ces terres de façon continue depuis 10 000 ans. Les Vikings ont débarqué sur nos côtes il y a plus de 1 000 ans et, depuis, des vagues successives d'immigrants ont affronté le climat brutal de cette immense contrée où ils se sont établis pour contribuer à bâtir un pays. Les gens continuent de choisir le Canada pour s'y établir. Nous sommes une nation d'immigrants. La découverte et l'aventure sont dans nos gènes. Nos histoires doivent être racontées. Il y a des événements et des personnes qui peuvent nous enseigner des choses et que nous devrions célébrer. Ces histoires nous racontent qui nous sommes et comment notre pays a évolué avec le temps.

Honorables sénateurs, j'ai été surprise — et, bien franchement, attristée — d'apprendre que, malgré la richesse de notre passé, 82 p. 100 des jeunes Canadiens échouent à un examen de base sur l'histoire canadienne. Chers collègues, vous conviendrez comme moi que cette situation doit changer. Je crois également que la création du Musée canadien de l'histoire nous aidera en ce sens, car elle nous permettra de raconter notre histoire de manière approfondie et séquentielle, de façon plus linéaire.

Il s'agit d'une occasion pour non seulement rehausser la présence d'un remarquable établissement de la capitale nationale, mais aussi appuyer les musées d'histoire canadienne partout au Canada, ce qui est tout aussi important.

Les pays du monde entier ont des musées nationaux. Les États-Unis ont le Smithsonian, le Musée national de l'histoire américaine, le Musée historique allemand et le Musée national de l'histoire japonaise, pour n'en nommer que quelques-uns.

Le Musée canadien des civilisations est un musée national cher aux Canadiens en raison de ses collections, de ses expositions, de son expertise et de son architecture sans pareil. Il s'agit du musée le plus grand et le plus populaire du Canada. C'est pourquoi le gouvernement du Canada le reconnaît et le valorise. C'est précisément pour cette raison qu'on a pris la décision d'exploiter les atouts de ce grand musée au lieu de créer une organisation totalement nouvelle.

Le musée continuera d'exister, mais il portera un nouveau nom et son mandat sera clairement défini. La société du musée continuera d'exercer ses activités sans interruption et les changements n'auront pas d'incidence sur les employés, les agents et les curateurs du musée. En fait, il convient de souligner que le changement de nom du musée, qui s'appellera maintenant « Musée canadien de l'histoire » au lieu de « Musée canadien des civilisations », ne compromettra pas ses activités. En effet, celles-ci sont protégées par l'article 27 de la Loi sur les musées, qui prévoit une protection virtuelle en ce qui concerne les aspects suivants : premièrement, l'acquisition, la disposition, la conservation ou l'utilisation d'éléments de matériel de musée relatifs à leurs activités; deuxièmement, les activités et programmes à l'intention du public, notamment les expositions et les publications; et troisièmement, la recherche portant sur les points que je viens de mentionner. Je suis convaincue que les gestionnaires et les employés qui ont assuré la réussite du Musée canadien des civilisations feront en sorte que le Musée canadien de l'histoire connaisse encore plus de succès.

Aucune disposition du projet de loi C-7 n'empêchera le musée de faire de la recherche. En fait, le musée a récemment publié une stratégie de recherche conjointe pour le Musée canadien des civilisations et le Musée canadien de la guerre, qui orientera les activités de recherche au cours des 10 prochaines années. Cette stratégie définit le rôle important que joue la fonction de recherche au sein du musée et reconnaît qu'il s'agit d'une activité clé pour cette institution.

Sur la scène internationale, le Musée canadien des civilisations a toujours joué le rôle d'institution créatrice de savoir. Cela ne changera pas. Le musée continuera de mener des recherches scientifiques et de faire valoir son expertise en ce qui concerne la gestion et la conservation des collections et la recherche en la matière, tant à l'échelle nationale qu'auprès d'autres musées ailleurs dans le monde.

Il continuera d'accueillir des expositions itinérantes internationales. En fait, le 31 octobre, le Musée canadien des civilisations a annoncé qu'il avait conclu une entente en vue d'accueillir, en 2015, une importante exposition relatant 5 000 ans d'histoire de la Grèce. Le 12 novembre, il a conclu une entente avec un musée japonais semblable, le musée national de l'histoire du Japon, afin de mener des projets de recherche en partenariat, de mettre en œuvre un programme d'échange de boursiers et de bourses et de travailler en collaboration pour les expositions et les activités éducatives. Cette entente, tout comme celle conclue avec la Grèce, montre que le futur Musée canadien de l'histoire est fermement déterminé à poursuivre ses activités internationales et ses projets de recherche.

En 2012, le gouvernement fédéral a fait l'annonce d'un important investissement ponctuel de 25 millions de dollars, qui permettra au Musée canadien des civilisations de procéder à des rénovations réparties sur plus de 52 000 pieds carrés. Ce seront les premiers travaux majeurs en 25 ans. Le musée continuera à rayonner et il demeurera une destination nationale et internationale, mais il se concentrera également sur son rôle de centre d'expertise et de chef de file national.

Pour appuyer l'investissement du gouvernement et veiller à ce que les Canadiens de toutes les régions aient la chance d'approfondir leur connaissance de l'histoire du pays, le nouveau musée signera des ententes avec les musées de partout au pays dans le but de créer le réseau des musées canadiens d'histoire, grâce auquel il travaillera de concert avec d'autres musées canadiens afin de rendre la collection nationale accessible au moyen de prêts et d'expositions itinérantes. Le projet de loi prévoit aussi une installation permanente, un ajout de 7 500 pieds carrés, permettant ainsi à d'autres musées de présenter leurs collections et de contribuer à la narration de l'histoire du pays. Les partenariats aideront à raconter l'histoire commune du Canada, feront fond sur les forces des divers partenaires, viendront combler les lacunes dans la collection et produiront des avantages financiers, par exemple grâce au partage de coûts et aux initiatives conjointes.

Le musée compte définir trois niveaux de partenariat : le réseau des musées d'histoire, le programme d'affiliation des musées et les partenariats officiels avec des organismes fédéraux et d'importantes institutions publiques et privées.

Un de ces partenariats a justement été annoncé cette semaine. En effet, l'Association canadienne des producteurs pétroliers, grâce au soutien financier de l'industrie des sables bitumineux du Canada, sera le partenaire national officiel de l'exposition 1867 et de la programmation qui y sera associée. Il s'agit d'une exposition révélatrice sur la Confédération qui sera présentée de novembre 2014 à septembre 2015 au Musée canadien des civilisations — qui, si vous le voulez bien, honorables sénateurs, deviendra bientôt le Musée canadien de l'histoire. La commandite de l'association permettra de concevoir une version itinérante de l'exposition, ce qui aidera le musée à joindre tous les Canadiens de manière à leur permettre de célébrer le 150e anniversaire de la Confédération dans leur collectivité.

Le réseau des musées d'histoire sera composé de quelques-uns des plus grands musées du pays, des musées qui ont une capacité considérable et dont le mandat se rapporte à l'histoire du Canada. Les accords ont déjà été signés et des pourparlers sont en cours avec plusieurs autres musées du pays.

Le programme d'affiliation permettra à de plus petits musées de faire également partie du réseau moyennant le respect de certains critères et de certaines normes de soin. Ces établissements plus petits pourront, eux aussi, emprunter des objets de la collection et collaborer à la réalisation d'activités et d'expositions. Ils seront en outre invités à une réunion annuelle qui sera l'occasion d'un échange d'idées et de connaissances dont profiteront tous les participants.

Le 11 juin 2013, le ministre du Patrimoine et des Langues officielles a annoncé une série de mesures visant à promouvoir l'histoire du Canada. Des fonds seront affectés à la production de nouvelles capsules des Minutes du patrimoine, permettront à un plus grand nombre d'anciens combattants et de membres actuels des Forces canadiennes de rencontrer des élèves en classe et aideront les musées et les groupes de jeunes à découvrir l'histoire du Canada dans leur collectivité.

Des modifications au Programme d'aide aux musées de Patrimoine canadien ont également été annoncées. Ainsi, il sera plus facile, pour les petits musées, d'emprunter des objets de la collection du Musée canadien de l'histoire, car ils recevront des fonds pour payer l'emballage et le transport sécuritaire. En outre, les expositions itinérantes ne devront plus nécessairement circuler à l'extérieur de leur province ou de leur territoire d'origine.

Pourquoi le gouvernement a-t-il apporté ces changements, honorables sénateurs? Parce que l'histoire locale et provinciale fait partie intégrante de l'histoire nationale.

Le gouvernement du Canada soutient les institutions et les organisations patrimoniales grâce à une foule de mesures visant à accroître leurs connaissances professionnelles, leurs compétences et leurs pratiques, et à leur permettre de mieux préserver et présenter le patrimoine et l'histoire du pays. Cette mesure est proposée pour que les Canadiens aient davantage accès aux trésors des musées et à notre patrimoine collectif, non seulement dans la région de la capitale nationale, mais dans tout le pays.

Depuis qu'il a été annoncé, ce projet a bénéficié d'un vaste appui chez les Canadiens, dont plusieurs historiens et membres d'associations historiques de partout au pays. Certaines personnes qui ne sont pas toujours d'accord avec le gouvernement reconnaissent néanmoins la nécessité de créer une infrastructure nationale pour enseigner l'histoire canadienne. Parmi les défenseurs de cette initiative, on compte le premier architecte du Musée canadien des civilisations, Douglas Cardinal, un Canadien très réputé et talentueux. Voici ce qu'il a dit au sujet de la création de ce musée :

Je suis ravi de voir le musée continuer à évoluer et à se développer, et de constater que les gens estiment encore qu'il s'agit d'un monument national pouvant rayonner et servir tout le Canada.

Ce projet a l'appui de deux historiens canadiens primés. Michael Bliss s'est dit très enthousiaste à l'idée que le plus important musée du Canada se consacre explicitement à l'histoire du Canada, et il a remercié le gouvernement de permettre la création du musée.

Je cite Jack Granatstein, que bien des gens à l'autre endroit connaissent comme l'auteur du livre intitulé Who Killed Canadian History :

Cette mesure — la création du Musée canadien de l'histoire — est exactement ce qu'il fallait faire. Je suis ravi de voir le gouvernement et le musée aller de l'avant.

En outre, Deborah Morrison, de la Société d'histoire nationale du Canada, a déclaré ceci :

[...] Le potentiel de ce musée à établir un réseau national pour mettre en valeur notre histoire est fascinant. Le moment est venu d'aller de l'avant.

John McAvity, de l'Association des musées canadiens, a dit ce qui suit :

Rebaptiser le musée est essentiel. C'est une bonne nouvelle. Il donnera aux Canadiens un meilleur accès à leur patrimoine et à leur histoire.

L'Institut Historica-Dominion a affirmé ce qui suit :

Nous accueillons la nouvelle de la création du Musée canadien de l'histoire avec enthousiasme.

Pour sa part, John English, ancien député libéral et biographe de Pierre Elliott Trudeau, a déclaré ceci :

Mes félicitations pour ce projet du Musée canadien de l'histoire.

Le concept récolte de toute évidence un vaste appui, et cela contribue grandement à mettre en valeur le musée. Le projet de musée a reçu l'appui de l'ancien maire de Gatineau, Marc Bureau, et du maire d'Ottawa, Jim Watson. Les deux sont d'avis qu'il s'agit d'une initiative importante pour la région de la capitale nationale.

Plusieurs historiens ont également exprimé leur soutien au projet, dont Réal Bélanger, Charlotte Gray, Anne Trépanier, Norm Christie, Yves Frenette, Bob Plamondon, Richard Gwyn, Jane Fullerton, Suzanne Sauvage et Brian Lee Crowley.

Ces gens, qui ne sont pas nécessairement des conservateurs, comprennent que, dans des cas comme celui-ci, il faut concerter nos efforts, mettre la partisanerie de côté et soutenir la création d'institutions qui cimentent notre pays.

Le Toronto Star, bien connu pour être un journal conservateur, a publié à ce sujet un éditorial très éloquent :

Nous sommes heureux que [le gouvernement] transforme le Musée canadien des civilisations et établisse ainsi le Musée canadien de l'histoire. L'histoire du Canada mérite d'être célébrée dans ce nouveau musée [... ] Nous voulons rendre l'histoire vivante, nous assurer de ne jamais oublier notre passé et célébrer nos héros.

Sur les 13 provinces et territoires canadiens, seulement quatre exigent que les élèves réussissent un cours d'histoire pour obtenir leur diplôme d'études secondaires. C'est une statistique désolante, mais bien réelle. Bien entendu, il s'agit d'une compétence provinciale, mais cela ne diminue en rien l'importance que le gouvernement et le Parlement fédéraux doivent accorder à l'histoire.

Nous devrions faire tout ce qui est en notre pouvoir pour diffuser l'histoire canadienne. Ensemble, nous pouvons renforcer son enseignement en appuyant nos musées, en édifiant un grand musée national, en jetant des ponts entre tous nos musées et en collaborant dans le cadre de ce projet.

Par le passé, il est arrivé que les parlementaires travaillent de concert. Lorsqu'un précédent gouvernement libéral a décidé de créer le Musée canadien de la guerre, des gens ont rejeté le projet, sous prétexte qu'il était porteur de discorde, que c'était du gaspillage d'argent et que le moment était mal choisi. Cependant, le gouvernement libéral avait une vision et était convaincu que c'était la chose à faire. Aujourd'hui, le Musée canadien de la guerre compte parmi les meilleurs musées du monde, à l'instar des Invalides, à Paris, et de l'Imperial War Museum de Londres.

Un riche et dynamique musée canadien de l'histoire permet l'expression de ce qui a forgé l'identité canadienne ainsi qu'une réflexion sur notre grande nation. Le Canada a une histoire vivante et fascinante qui doit être racontée à tous les Canadiens et au monde entier dans un musée de calibre mondial. Pour cette raison, je recommande l'adoption sans délai de ce projet de loi. Merci.