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La traite des fourrures

Honorables sénateurs :

L'histoire du Canada a été profondément marquée par les habitudes d'un animal qui occupe à juste titre une place prédominante sur ses armoiries. Le castor [...]

C'est ainsi que commence le livre de Harold Innis, La traite des fourrures au Canada, rédigé il y a 81 ans ce mois-ci.

La traite des fourrures au Canada : voilà un titre on ne peut plus ambitieux que l'on ne retrouverait certainement pas sur une liste typique de best-sellers. En effet, au premier coup d'œil, l'ouvrage d'Innis semble être une étude prosaïque d'une forme de commerce depuis longtemps oubliée et sans importance.

Pourtant, en creusant un peu plus, la vérité sur la naissance de notre pays se fait jour.

Dans son mémorable travail d'érudition canadienne, Innis soutient que la traite des peaux de castor a joué un rôle déterminant dans le développement physique et politique initial du Canada. Les explorateurs, les aventuriers et les commerçants ont tiré profit du vaste et complexe réseau de lacs et de rivières interconnectés sur le pourtour du Bouclier canadien afin d'exploiter les terres de l'intérieur du continent où abondaient les animaux à fourrure. Au fil des ans, les marchands des deux plus importantes compagnies de traite des fourrures ont créé une constellation de forts, de postes de traite, de lieux de portage, puis des petites collectivités d'abord le long des fleuves Saint-Laurent et Mackenzie, puis le long du fleuve Columbia et sur le littoral de l'océan Pacifique.

Les frontières que ces commerçants ont fixées correspondent grosso modo aux frontières actuelles du Canada. La thèse d'Innis contredit les assertions historiques conventionnelles. En effet, les échanges commerciaux au pays étaient naturellement orientés d'est en ouest, et non pas du nord au sud. Par conséquent, le Canada d'aujourd'hui n'a pas été formé en dépit de sa géographie, mais bien en raison de cette dernière.

Innis écrit : « Les seigneurs des lacs et des forêts ont peut-être disparu, mais leur travail continue de façonner les frontières du Dominion du Canada et ses institutions. »

Parallèlement, le livre d'Innis jette les bases de ce qu'on a appelé la « théorie des principales ressources » du développement canadien.

Selon cette école de pensée, les liens entre le Canada et la Grande-Bretagne se sont renforcés principalement parce que notre pays a continué d'exporter des denrées vers une mère patrie de plus en plus industrialisée.

La fourrure a été remplacée par le poisson, le poisson par le bois, puis le bois par la pâte et le papier, le blé et les minéraux, comme l'or et le nickel.

Aujourd'hui, les liens économiques qui existaient avec la Grande-Bretagne se sont dissous, mais les ressources naturelles du Canada sont encore le moteur du développement politique, social et économique du pays.

À preuve, il suffit de jeter un coup d'œil aux mines d'or en pleine expansion dans le Nord. À cet égard, toutefois, Innis avait tort : les seigneurs des lacs et des forêts ne sont pas disparus; ils sont toujours avec nous.