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Premier Discours

Honorables sénateurs, c’est la première fois que j’ai le privilège de m’adresser à vous depuis mon assermentation au sein de cette auguste assemblée.

 

Je crois qu’il serait tout à fait approprié d’entamer mon premier discours en cette Chambre en remerciant mes bons amis et maintenant mes collègues, la sénatrice LeBreton et le sénateur Meighen, de m’avoir accompagnée à mon siège. Selon moi, il n’y a pas deux Canadiens qui personnifient mieux le dévouement à la fonction publique et au bien du pays que ces deux membres du Parlement, si talentueux, énergiques et généreux. Ils m’ont fait un grand honneur.

 

Tout comme eux, c’est avec grande humilité et avec joie que j’entrevois l’honneur de servir mon pays, ainsi que les Canadiennes et les Canadiens, dans ce lieu si distingué. Je vous assure que je suis vivement consciente de la valeur pratique de ce corps et du rôle critique qu’il joue dans le fonctionnement de la démocratie dans notre pays.

 

Ce lieu n’est pas simplement une tribune qui offre un second examen objectif. Il est un lieu de rassemblement qui permet d’examiner de façon sérieuse une variété de questions, de considérer des idées novatrices et d’échanger de façon honnête et impartiale des opinions sur des sujets urgents.

 

Je suis également très consciente de la valeur transcendante de cette institution. Elle est la concrétisation de nos valeurs canadiennes traditionnelles, soit la démocratie, la primauté du droit et l’égalité de chaque homme et de chaque femme. Elle est la manifestation tangible de notre forte volonté, en tant que Canadiennes et Canadiens, de définir notre parcours, de façonner notre avenir et d’accomplir le destin qui est le nôtre.

 

En réalité, cette institution ne fait pas que refléter ces valeurs et cette volonté, mais elle les renforce. Elle s’assure que ces valeurs font partie intégrante de notre vie dans ce pays. Elle les protège pour les générations à venir, tout comme elle le fait pour nous, tout comme elle l’a fait pour les générations précédentes.

 

Honorables sénateurs, je peux vous assurer que, pour chaque geste que je poserai et pour chaque parole que je prononcerai, je serai entièrement consciente de mes responsabilités sacrées et de l’énorme respect que j’éprouve pour ce lieu. Je n’entreprendrai aucune démarche et je ne tiendrai aucun propos qui puisse ternir l’image de cette noble institution.

 

Je reconnais toutefois qu’aucune institution n’est parfaite, qu’aucune initiative humaine n’est entièrement exempte de défauts. Forte de cette constatation, je collaborerai avec mes collègues afin que ce lieu demeure toujours représentatif des besoins et des aspirations véritables des Canadiennes et des Canadiens.

 

Je dois également informer mes honorables collègues que je suis une optimiste de nature. Depuis toujours, je nourris un espoir pour l’avenir de notre pays.

 

 

Comment pourrait-il en être autrement? Le Canada m’a permis de profiter d’une vie saine et enrichissante, dans un environnement sécuritaire, tout comme il l’a fait pour d’innombrables hommes et femmes pendant des générations. Ces hommes et ces femmes qui ont pleinement compris que les privilèges qui découlent du fait d’être Canadien sont, et doivent demeurer, la conséquence directe de notre volonté à nous investir entièrement dans l’avenir de ce pays.

 

Je dois également vous assurer, honorables sénateurs, que je ne suis surtout pas naïve. Ma compréhension du monde moderne est loin d’être simple et je ne crois pas aveuglément à la bonté de la nature humaine. Je suis tout à fait consciente des défis sérieux auxquels notre pays est confronté, de la situation économique difficile dans laquelle nous nous trouvons en raison de la crise financière qui secoue actuellement le monde.

 

 

 

C’est dans ces moments difficiles que je me rappelle les sages propos de l’auteur Eric Hoffer. Celui-ci disait que, dans les moments de changement profond, l’avenir appartient à ceux qui sont en quête de savoir, alors que ceux qui ont déjà acquis leurs connaissances sont magnifiquement préparés à affronter un monde qui n’existe plus. Dans de tels moments, honorables sénateurs, lorsque le monde que nous connaissons subit des changements vertigineux, nous devons nous rappeler ces propos.

 

Je peux vous assurer que je me compte parmi ces personnes assoiffées de connaissances, chercheuses d’idées novatrices et de façons inédites pour régler des casse-têtes qui semblent insolubles. Munie de cette connaissance de moi-même, je suis enthousiaste à l’idée de travailler avec vous pour que les démarches entreprises par ce Parlement puissent limiter les dommages occasionnés par la crise actuelle. Par contre, nous ne devons pas nous limiter à la recherche de solutions pratiques aux défis présents. Nous devons faire en sorte que nos interventions nous préparent adéquatement à affronter les défis imprévus.

 

C’est dans cet esprit pratique et cette vague d’optimisme que je désire aborder le sujet du dernier budget fédéral. En effet, je me sens privilégiée de pouvoir prendre place dans cette Chambre alors que le Parlement doit s’occuper d’un dossier de si grande importance.

 

Je suis fortement convaincue que le Plan d’action économique du Canada est une bonne mesure dans ces moments si inhabituels. Ce plan exhaustif vise à stimuler notre économie, à regagner la confiance du pays et à appuyer les familles canadiennes. C’est un véritable plan d’action qui, en plus d’amortir les effets de la crise économique actuelle qui frappe le monde entier, investit également dans les quatre piliers d’une croissance économique durable : une baisse de taxes, une infrastructure moderne, une économie concurrentielle et une main-d’œuvre hautement qualifiée.

 

 

 

 

Honorables sénateurs, je crois qu’une main-d’œuvre qualifiée est l’élément le plus important de ces piliers. Car, sans elle, les autres piliers ne sont pas réalisables. Le budget illustre bien cette réalité et nous permet de prendre des mesures concrètes afin de bâtir une main-d’œuvre plus forte. Une mesure en particulier nous permettra de créer cette main-d’œuvre, soit l’amélioration de notre capacité à reconnaître les titres de compétences étrangers.

 

Comme le ministre des Finances l’a si clairement expliqué, si nous désirons attirer les esprits les plus brillants du monde entier, nous devons moderniser notre système d’immigration afin que les immigrants aient la chance de tirer pleinement profit de leurs compétences et de leurs talents. Ce besoin n’est ni théorique ni académique. La modernisation de ce système est impératif, dès maintenant. Un grand nombre des nouveaux arrivants au Canada connaissent encore des difficultés dans la recherche d’un emploi complémentaire à leurs études et à leurs compétences, en partie dû au fait que leurs titres de compétences ne sont pas toujours pleinement reconnus dans notre pays.

 

J’étais bien contente d’apprendre que de vraies mesures ont été prises dans le but d’améliorer la reconnaissance des titres de compétences étrangers, grâce au Bureau d’orientation relatif aux titres de compétences étrangers et au Programme de reconnaissance des titres de compétences étrangers. De plus, les premiers ministres provinciaux et les dirigeants des territoires du Canada ont récemment convenu de prendre des mesures concertées pour que les procédures d’évaluation et de reconnaissance des titres de compétences étrangers s’effectuent rapidement. Plus précisément, nos chefs fédéraux, provinciaux et territoriaux ont demandé à leur ministre responsable du travail d’élaborer un cadre d’action commun d’ici septembre 2009.

 

Je suis ravie de constater que le Plan d’action économique du Canada prévoit allouer, au cours des deux prochaines années, une somme de 50 millions de dollars pour appuyer cette approche commune d’évaluation des titres de compétences et pour assurer une meilleure intégration des immigrants au sein de la main-d’œuvre canadienne. Après tout, notre pays est un des seuls au monde qui a réalisé son potentiel grâce au travail ardu de ses immigrants.

 

En effet, les immigrants sont un peu comme la chair, les muscles et les tendons de l’os canadien. Comme Richard Gwyn l’a si bien fait remarquer, sans un engagement continu à l’immigration, le Canada serait bien différent : il serait plus petit, moins riche, beaucoup plus replié sur soi, moins puissant et moins optimiste.

 

Mais l’amélioration de la reconnaissance des titres de compétences étrangers n’est pas suffisant. Ce genre de mesure ne sera pas prise uniquement dans le but de rayer un item sur notre liste nationale de tâches à accomplir pour ensuite passer à autre chose. Tous les hommes et toutes les femmes de ce pays doivent bien comprendre que les privilèges qui découlent du fait d’être Canadien doivent être la conséquence directe de notre volonté à nous investir entièrement dans l’avenir de ce pays. La citoyenneté canadienne n’a jamais été, et ne doit jamais devenir, un pavillon de complaisance pour ce qu’on appelle aujourd’hui les citoyens du monde. Notre pays est peut-être devenu une majorité de minorités, mais il ne doit jamais être uniquement défini par ses composantes.

 

Afin de s’assurer que cela ne se produise pas, toutes les Canadiennes et tous les Canadiens doivent se débarrasser des silos culturels dans lesquels ils se sont placés. Laissez-moi répéter: dans lesquels ils se sont placés. Il n’y personne d’autre à blâmer pour cette situation. En fait, je suis incapable de nommer un autre pays au monde qui agit de la même façon que nous, qui encourage les immigrants non pas à devenir des Canadiens tout court, mais à devenir un Canadien auquel on doit accoler un autre qualificatif.

 

Oui, nous devons continuer à être un havre pour ces réfugiés qui fuient la violence et l’oppression. Oui, nous devons continuer à être cette étoile brillante du Nord, ce lieu de multiples possibilités pour les gens du monde entier, tout comme nous l’avons été pour les esclaves qui ont suivi le chemin clandestin pour atteindre la liberté.

 

Mais cette affirmation ne présente qu’un côté de la médaille. Nous devons travailler tout aussi fort afin d’intégrer pleinement les nouveaux arrivants. Nous devons les encourager à assumer les responsabilités de la citoyenneté, tout comme l’ensemble des Canadiennes et des Canadiens doivent le faire, afin de mériter les avantages que cette citoyenneté leur offre.

 

Bien sûr, tous les niveaux de gouvernement ont un rôle à jouer dans l’atteinte de cet objectif. Nos écoles aussi ont leur rôle, tout comme les organismes à but non lucratif et bénévoles, soit les clubs sportifs régionaux, les hôpitaux ou encore les bibliothèques. Nous devons encourager les immigrants à jouer un rôle actif au sein de ces organismes. Nous devons aussi inciter ces organismes à jouer un rôle actif pour encourager la  participation d’immigrants. Le succès de ces efforts, qui se renforcent mutuellement, au cours des dix prochaines années aura un effet considérable sur le parcours et sur l’avenir de ce pays. De cela, j’en suis convaincue.

 

Mes convictions naissent d’une perspective tout à fait unique. Je suis une descendante directe de Louis Hébert. J’aime penser qu’il a été le premier immigrant dans notre pays. Confident de Samuel de Champlain, Hébert était un apothicaire de métier et il est connu comme le premier colon qui ait réussi à vivre des récoltes que lui offrait sa nouvelle terre.

 

Hébert a reçu ce grand honneur car Champlain était plutôt sensible aux particularités des gens qu’il accueillait en Nouvelle-France. Il savait qu’afin de bâtir une communauté florissante, il était nécessaire d’avoir un mélange minutieux d’hommes et de femmes issus de tous les milieux, soit des pêcheurs, des entrepreneurs, des hommes de métier et des fermiers. Le parallèle qu’on peut tracer entre les premières colonies de la Nouvelle-France et notre état-nation moderne est très clair.

 

La petite-fille de Louis Hébert, Guillemette Couillard, était également ma grand-mère, si on remonte bien-sûr onze générations. Elle est la première femme à naître en Nouvelle-France. Extrêmement pieuse et généreuse, cette femme a vu de ses propres yeux la transformation de ces avant-postes fragiles en colonies permanentes. Elle a également grandement contribué au peuplement de cette nouvelle terre. Au moment de sa mort en 1684, elle avait plus de 250 descendants. Aujourd’hui, ce nombre est incalculable.

 

Je suis fière du fait qu’une branche de l’arbre généalogique de mon époux se distingue également. Il est l’arrière arrière-petit-fils de Timothy Eaton, un apprenti commerçant qui a quitté l’Irlande pour s’installer dans le sud de l’Ontario en 1854. Quinze ans plus tard, le jeune M. Eaton a pris possession d’un commerce de tissues et d’articles de mercerie qu’il transforma en l’une des plus grandes entreprises au Canada. Ce magasin, avec plus de 70 000 employés, a ouvert des succursales à la grandeur du pays et a établi le principe maintenant universel de la garantie de remboursement.

 

Je partage ces histoires non pas car je crois que mon arbre généalogique est plus remarquable que d’autres. Chacun d’entre nous a une histoire unique à raconter.

 

Je peux toutefois dire que je suis fière de mes ancêtres et reconnaissante de mon héritage. Mon passé et mes ancêtres illustrent bien la force indestructible et la grande satisfaction qui marquent ceux qui choisissent d’investir dans leur pays.

 

Forte de ces connaissances, je crois que ma place est ici, en ce lieu, en ce moment même. Je n’adopte pas cette position dans un esprit de partisannerie. Au contraire. Je suis inspirée par les sentiments de puissance et de véritable satisfaction qui naissent du travail de collaboration et du succès partagé.

 

Goethe a avancé qu’un homme laisse sa marque non pas lorsqu’il lègue un héritage, mais bien lorsqu’il a, au cours de sa vie, agi et vécu, et qu’il a porté les autres à agir et à vivre. J’aimerais rappeler à Herr Goethe que cette même règle s’applique également à l’autre moitié de l’espèce humaine.

 

En rétrospective, je réalise que j’ai toujours vécu ma vie selon ce principe. En me tournant vers l’avenir, je comprends que ma vraie force, ma vraie mission, ne se résume pas à tenter de laisser derrière moi un héritage, mais bien à travailler avec autrui, aujourd’hui, maintenant. En portant les autres à agir et à vivre. Je ne peux penser à un meilleur endroit que cette grande institution pour mettre en pratique cet engagement.