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La fonction publique du Canada

Honorables sénateurs, les Canadiens aiment se moquer des fonctionnaires. C'est pour ainsi dire un sport national. En fait, nous sommes habitués d'avoir des attentes très élevées à l'égard de notre fonction publique. Les taquineries ne font de mal à personne, bien sûr, mais j'aimerais rappeler aux sénateurs qu'il fut une époque où nos fonctionnaires méritaient la raillerie.

Je rappelle aux Canadiens que, le 1er avril 1925, le premier ministre Mackenzie King a nommé Oscar Douglas Skelton sous- secrétaire d'État des Affaires extérieures, en donnant à ce professeur de l'Université Queen's le mandat de faire passer la fonction publique du Canada à l'ère moderne.

La tâche de M. Skelton était décourageante. À quel point notre fonction publique était-elle imparfaite? Selon l'historien Jack Granatstein, c'était un fouillis, un bourbier de favoritisme et un refuge pour l'incompétence. Dans un rapport sénatorial publié en 1924, on disait que la fonction publique était si inefficace que c'en était presque une honte nationale.

Puis, M. Skelton a fait son entrée. Il a recruté des dizaines de jeunes hommes, les plus talentueux que recelait le Canada. Il n'a recruté que des hommes, mais quels hommes! Ces jeunes, brillants et polyvalents, nous ont guidés pendant la période la plus importante de l'histoire de notre pays : la Dépression, la Seconde Guerre mondiale et le début de la guerre froide.

Étaient-ils aussi bons que cela? Ils étaient les meilleurs de tous. Selon M. Granatstein, le Service extérieur du Canada disposait d'une force intellectuelle collective qui n'avait pas d'égal à Ottawa, Londres ou Washington.

Comment M. Skelton s'y prenait-il pour former des hommes aussi remarquables? Il avait ses entrées dans les universités canadiennes, où il recrutait ces jeunes sur la foi de leur mérite intellectuel et professionnel et non en fonction de leurs relations politiques ou de leurs liens familiaux. Il leur enseignait une philosophie selon laquelle le service public est un devoir et un privilège, et non une sinécure.

Fort de cette conviction profonde, le ministère des Affaires extérieures, façonné par M. Skelton, a établi une norme dont les hauts fonctionnaires des autres ministères clés n'ont pas tardé à s'inspirer pour façonner la fonction publique éminemment compétente et non partisane sur laquelle nous pouvons compter aujourd'hui.

O.D. Skelton a changé Ottawa. Lui et ses recrues ont changé le Canada. Cette grande aventure a commencé il y aura 85 ans demain.