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La Loi sur la citoyenneté - Le soixante-quatrième anniversaire

Honorables sénateurs, je suis née et j'ai grandi à Montréal, à des milliers de kilomètres de la Grande-Bretagne. Pourtant, selon mon certificat de naissance d'origine, je suis un sujet britannique.

Comme moi et comme certains d'entre vous dans cette Chambre, des millions d'hommes et de femmes sont officiellement britanniques même s'ils ont vu le jour et grandi dans des villes, des villages ou des fermes de notre pays. À une certaine époque, aucune loi ne reconnaissait la citoyenneté canadienne.

Pour les jeunes Canadiens d'aujourd'hui, qui brandissent fièrement leur drapeau et clament leur appartenance canadienne sur la scène du monde, la zone d'ombre qui entourait alors notre citoyenneté doit leur sembler pour le moins aberrante.

Ce mois-ci nous soulignons le 64e anniversaire d'un grand pas franchi par notre pays pour combler ce vide juridique. En mai 1946, la Chambre des communes et le Sénat ont adopté la Loi sur la citoyenneté canadienne. C'était la première fois dans l'histoire du pays qu'une loi établissait clairement la définition et les conditions de la citoyenneté canadienne.

Paul Martin père, alors secrétaire d'État du Canada, est l'artisan et le promoteur de cette loi dont l'idée lui est venue après avoir visité le cimetière militaire canadien à Dieppe. Il y a vu un témoignage tangible du sacrifice consenti par des centaines de jeunes Canadiens sur cette plage d'un autre continent.

Bien que profonde, l'expérience vécue par M. Martin n'était pas hors du commun. Tout au long de la guerre qui venait de se terminer, des programmes d'éducation et des campagnes de sensibilisation avaient inculqué aux Canadiens, tant les nouveaux arrivants que les Canadiens de naissance, un sentiment de plus en plus marqué d'identité commune et de responsabilité collective de se donner un pays plus fort, plus libre, plus équitable et plus unifié.

La Loi sur la citoyenneté canadienne allait, quant à elle, insuffler à tous les Canadiens le pouvoir de transformation qui naît d'une identité commune. Selon M. Martin, la citoyenneté est plus que le droit de voter, de détenir et de transférer des biens et de déplacer librement sous la protection de l'État. Il a dit de la citoyenneté qu'elle est « le droit de participer pleinement aux avantages et à l'avenir de la nation »

L'auteur Andrew Cohen se fait l'écho de cette vérité. Il considère avec raison la Loi sur la citoyenneté canadienne comme ce qui pourrait être l'instrument le plus puissant aux fins de l'édification du pays — un élément essentiel d'un processus de quête de soi nationale qui pourrait nous donner, à terme, un gouverneur général autochtone, un nouveau drapeau, une nouvelle version de l'hymne national et une Constitution renouvelée.

La Loi sur la citoyenneté canadienne a réalisé ce pouvoir parce que, de l'avis de Martin, elle s'appuyait sur un sentiment nationaliste des plus sincères, un sentiment qui a poussé les Canadiens à créer une nationalité qui n'était pas fondée sur le sang et l'ethnie, mais bien sur les droits et obligations, une citoyenneté accueillante et inclusive plutôt que peu engageante et exclusive, une société qui a su résister et s'enraciner dans notre pays au cours des 64 dernières années.